Where ? Somewhere ? Anywhere

samedi 26 août 2006

Méditations …

 

L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes,
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme, ni transports,
Je contemple la terre, ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières ?
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ;
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ?

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire,
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’aurore,
Vague objet de mes voeux, m’élancer jusqu’à toi,
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

« L’Isolement », Méditations poétiques, Alphonse Lamartine

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Une rencontre, simple et belle.

Infos éditeur Gallimard

Découverte africaine

jeudi 17 août 2006

C’est l’été, le soleil joue à cache-cache avec nos sens … Mais heureusement j’ai croisé une petite merveille de la littérature francophone sur mon chemin. Je vous laisse savourer un passage troublant :

« Ton amour a fait aimer mon amour. Tu m’as aimée plus que je n’ai imaginé qu’on puisse m’aimer, simplement parce que ta révolte était plus grande que la mienne. Plus tard, quand je t’ai entendu dire qu’il n’y avait pas de véritable amour sans révolte, j’ai compris pourquoi un soir, toi, Jérôme-Alexandre Dutaillis de la Péronnière, tu es venu, contre ton éducation, contre ton nom, contre ta fortune, contre ton rang, contre ta peau, contre ton âge, tu es venu t’asseoir à cette table pour attendre l’amour de la première venue comme un mendiant attend l’aumône au coin de la rue. Et c’est au nom de cette chose qui t’a fait un jour mendiant que je te prie de m’écouter.
[…]

Elle comprenait désormais pourquoi, de tout temps, en tout lieu, les hommes et les femmes ont préféré le simulacre de l’amour à cette révolte absolue. L’amour ne peut conduire qu’au royaume de la folie. […] Cela, les hommes et les femmes le savent intuitivement. Au commencement Dieu s’est révolté contre Dieu et il a implosé au contact de cette expérience pour accoucher de la totalité vivante. L’univers tout entier témoigne de la folie de Dieu. Depuis, l’histoire et les livres des hommes en portent témoignage ; tous ceux qui ont aimé, vraiment aimé, absolument aimé sont devenus fous. La folie ! C’est à ce prix-là que l’on sait qu’on aime. Tout le reste n’est que de l’eau tiède, simulacre, rituel pour conjurer l’amour. Mozati, elle, vient de basculer dans cette source d’où jaillit toute révolte. »

Babyface, Koffi Kwahulé, Continents noirs, Gallimard, 2006, pp. 93-95.

A lire absolument !

jeudi 27 avril 2006

J’ai découvert ce recueil de poésie par hasard. Je connaissais, comme tout le monde je pense, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, et je pensais que l’oeuvre poétique de Blaise Cendrars se limitait à ce très beau texte enluminé par Sonia Delaunay.
Aussi lorsque j’ai découvert le recueil Au coeur du monde, quelle a été ma surprise. Ce volume paru chez Gallimard, dans leur collection Poésie/Gallimard, regroupe plusieurs textes qui retracent le voyage initiatique de Blaise Cendrars de Paris vers Sao Paulo, au Brésil.
Les poèmes sont libres, de longueurs variables, et font succéder des paysages réels, et des territoires fantasmés. Ce recueil de Blaise Cendrars nous livre les différents éléments de l’univers poétique et littéraire du poète-bourlingueur, accordant une place de choix à la thématique maritime, et à celle du voyage. Ces poèmes expriment à merveille l’expérience ontologique qu’est le voyage, épreuve au travers de laquelle renaît l’homme dans son rapport au monde. En témoigne un extrait, le poème « Paysage » :

La terre est rouge
Le ciel est bleu
La végétation est d’un vert foncé
Ce paysage est cruel dur triste malgré la variété infinie des formes végétatives
Malgré la grâce penchée des palmiers et les bouquets éclatants des grands arbres en fleurs fleurs de carême

Eclat de poésie

jeudi 20 avril 2006

Tremblement

Des colonnes d’odeurs sauvages
Me hissent jusqu’à toi,
Langue rocheuse révélée
Sous la transparence d’un lac de cratère.

Fronde rivale, liens errants
Une vie antérieure
Impatiente comme la houle,
Se presse et grandit contre moi

Et, goutte à goutte, injecte son venin
Aux feuillets d’un livre qui s’assombrit
Pour être mieux lu par la flamme.

De ce ramas de mots détruits
Entre les ais de la mort imprenable
Naîtra la plante vulnéraire

Et le vent noueux au-delà.

Dupin, L’Embrasure

Man Ray

Plaisir exquis

mercredi 19 avril 2006

« L’incertitude est l’essence même de l’aventure amoureuse. »

Oscar Wilde


Doisneau, Le Baîser de l’Hôtel de Ville

Art poétique printanier

lundi 17 avril 2006

Monet, Nymphéas, détail

Au nectar d’orchidée

le papillon
parfume ses ailes


Matsuo Bashô