Disparition

vendredi 29 septembre 2006

C’est avec une infinie tristesse que je consacre cet article à une femme que j’ai profondèment aimé, et qui viens de quitter l’existence terrestre.

J’ai choisi un poème qui dit la disparition de l’être :

Ombre à ombre

Contre la façade du soir :
ombres, feu, et silence.
Pas vraiment le silence, mais son feu –
l’ombre
portée par un souffle.

Pour pénétrer le silence de ce mur,
je dois me dépouiller de moi-même.

Paul Auster, Disparitions.

Marc Chagall, Le cirque bleu, 1950

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Pluie, quand tu nous tiens

dimanche 27 août 2006

Voici un poème bien trop connu de Paul Verlaine. Toute la fragilité de l’écriture verlainienne affleure les vers de ce bref poème, musique adressée aux coeurs qui souffrent et aux sons qui déraillent.

Le moine au bord de la mer, Caspar David Friedrich

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s’ennuie
O le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison ? …
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

« Ariettes oubliées », Romances sans paroles, Paul Verlaine

Dans ce texte, Verlaine livre a vec pudeur son paysage intérieur au lecteur, le faisant douloureusement coïncider avec un paysage qui souffre, celui d’une ville qui pleure. Toute la saveur des « Ariettes oubliées », entre fadeur et passion, douceur et amertume y est distillée.

Where ? Somewhere ? Anywhere

samedi 26 août 2006

Méditations …

 

L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes,
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme, ni transports,
Je contemple la terre, ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières ?
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ;
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ?

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire,
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’aurore,
Vague objet de mes voeux, m’élancer jusqu’à toi,
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

« L’Isolement », Méditations poétiques, Alphonse Lamartine

Eclat de poésie

jeudi 20 avril 2006

Tremblement

Des colonnes d’odeurs sauvages
Me hissent jusqu’à toi,
Langue rocheuse révélée
Sous la transparence d’un lac de cratère.

Fronde rivale, liens errants
Une vie antérieure
Impatiente comme la houle,
Se presse et grandit contre moi

Et, goutte à goutte, injecte son venin
Aux feuillets d’un livre qui s’assombrit
Pour être mieux lu par la flamme.

De ce ramas de mots détruits
Entre les ais de la mort imprenable
Naîtra la plante vulnéraire

Et le vent noueux au-delà.

Dupin, L’Embrasure

Man Ray

Plaisir exquis

mercredi 19 avril 2006

« L’incertitude est l’essence même de l’aventure amoureuse. »

Oscar Wilde


Doisneau, Le Baîser de l’Hôtel de Ville

Art poétique printanier

lundi 17 avril 2006

Monet, Nymphéas, détail

Au nectar d’orchidée

le papillon
parfume ses ailes


Matsuo Bashô

Bourlinguer

dimanche 9 avril 2006


Prose poétique qui nous emmène sous le chaud soleil de Marseille, savourer cette ville !

« Je n’ai jamais habité Marseille et une seule fois dans ma vie j’y ai débarqué descendant d’un paquebot, le D’Artagnan, mais Marseille appartient à celui qui vient du large.
Marseille sentait l’oeillet poivré, ce matin-l
à.
Marseille est une ville selon mon coeur. C’est aujourd’hui la seule des capitales antiques qui ne nous écrase pas avec les monuments de son passé. Son destin prodigieux ne vous saute pas aux yeux, pas plus que ne vous éblouissent sa fortune et sa richesse ou que ne nous stupéfie par son aspect ultra-ultra (comme tant d’autres ports
up to date) le modernisme du premier port de France, le plus spécialisé de la Méditerranée et l’un des plus importants du globe. ce n’est pas une ville d’architecture, de religion, de belles-lettres, d’académie ou de beaux-arts. Ce n’est point le produit de l’histoire, de l’anthropogéographie, de l’économie politique ou de la politique, royale ou républicaine. Aujourd’hui elle paraît embourgeoisée et populacière. Elle a l’air bon enfant et rigolarde. Elle est sale et mal foutue. Mais c’est néanmoins une des villes les plus mystérieuses du monde et des plus difficiles à déchiffrer.

« Secrets de Marseille », L’Homme foudroyé, B. Cendrars