Ce blog fraîchement créé a pour vocation de laisser toute liberté à mes amours, qu’elles soient poétiques, picturales ou réelles. J’y consigne avec soin mes coups de foudres littéraires et les idées qui me passent par la tête.

Poésie(s) se veut être un espace de dialogue entre les arts, la poésie, sous toutes ses formes et ses afficionados !
Placé sous le haut patronage de Robert Doisneau, ce blog se déguste sans modération, et la poésie se savoure comme un baiser langoureux et surprenant.


Poésie(s) est donc le lieu où résonnent la voix poétique et d’autres paroles … les votres, les miennes, les nôtres …

Constantin Brancusi, La Muse endormie, avant 1910

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Une Réponse to “A propos de Poésie(s)”

  1. Umar Timol Says:

    beau blog.

    umar, ile maurice

    poèmes :
    Vagabondages

    Ma langue maternelle, – la sève qui nourrit ma parole, qui abonde dans
    les couloirs de mon inconscient, qui retrace les souvenirs de
    l’enfance, qui a irrigué mes premiers pas, qui épousera mon dernier
    souffle, – est le créole mais ma langue d’écriture est le français.

    Je n’écris pas en français car elle est matière que j’observe, que je
    guette, matière fugitive qui obéit au désordre, semblable à un animal
    féroce qui arpente les arènes du lointain, adepte de jeux cruels et
    qui me lance un défi, renouvelé et perpétuel, matière qui fustige les
    altérations et refuse le devenir de nos conjugaisons.

    Et il me faut donc entamer la traversée vers la langue, traversée sur
    un fleuve cerné par le doute et la peur, virgule ivre sur les flots
    sombres, alors atteindre la langue, l’accaparer, l’assagir, déchirer
    ses apparats, dénuder son histoire, éclairer ses instances primitives
    et ses vulgaires naissances, dénouer ses arcanes, la liquéfier, la
    ramener à son essence, évider les masques de son pouvoir, épuiser ses
    séductions afin de me l’approprier, de l’enfouir en moi afin d’en
    faire ma langue, langue mêlée aux couchers de mes fauves et de mes
    fièvres.

    Mais la langue et ses mots sont ailleurs. Toujours.

    Il m’arrive de croire que je sais les soudoyer mais ils me foudroient,
    me violentent, alors je les crache au lieu de la fusion et ils se
    métissent, – obscènes avant d’être belles – , et maculent la page.

    Cet échec de la langue sert une volonté de dépassement.

    Puisque la langue est aux confins, puisque la langue ne m’appartient
    pas, puisque la langue participe à la translation de ma part
    d’indicible, puisqu’elle sert à semer ma trace dans le temps alors
    elle réclame que je la détourne et l’explose, que je la
    pousse à ses limites, elle sera langue-créole, langue-séga,
    langue-tam-tam, langue-islam, langue mystique, langue hybride, langue
    bâtarde, elle sera langue à l’entre-deux, langue charpentée par le
    ressac des impossibles rencontres, elle sera langue pour dire le
    silence, langue du jamais-dire, elle sera langue châtiée de ses
    pudeurs, langue-folle, elle sera langue-féconde, éventrée et
    dépouillée, constamment réinventée et constamment changée.

    Ce sont les impasses de la langue qui rendent ma poésie possible.

    Je suis poète à défaut d’une langue.

    Le français demeurera langue inconnue, étrange et étrangère mais elle
    sera aussi langue nouvelle, langue rêvée, langue de l’inimaginé, ma
    langue, mo langaz, langue macérée et mélangée, langue-océan qui
    réensemence mes origines et qui embrase mes lendemains.

    ***

    J’ai oublié la couleur de tes yeux.

    J’habite désormais la douleur.

    J’éviscère, avec le scalpel que tu m’as offert, la partie sombre de
    mon cœur, l’imposture fantasque consacrée aux ordalies de la mémoire.
    Je râpe mon front avec sauvagerie sur une pierre qui a les semblants
    de ta peau jusqu’à ce que l’os émerge dans toute sa splendide laideur.
    J’écartèle mes veines afin d’évacuer le sang qui recèle tes démences
    tempétueuses.
    Je livre mes mains en pâture à un attelage de puces assoiffées qui
    manigancent l’amputation.

    J’habite désormais la douleur.

    J’ai échafaudé un cortège d’abrutis et de fous qui ténorisent ton nom.
    J’ai razzié un champ de fleurs vénéneuses afin de réincarner ta bouche.
    J’ai façonné un poison qui instaure toutes les postures de ton corps lubrique.
    J’ai rassasié un peuple famélique avec les chairs putrides de tes tournoiements.
    J’ai ordonné la fin des temps en implosant l’édifice de nos possibles
    fraternités.

    J’ai lâché une meute de loups sur mon cadavre afin d’anéantir toutes
    les velléités du désir.

    Mais la couleur de tes yeux reste illisible.

    J’habite la douleur.

    ***
    Langage de l’amour

    Le langage de l’amour, mon fils, c’est attendre aux portes de la nuit
    que s’ouvrent les étoiles et qu’elles déversent sur ton corps attendri
    de trop d’innocence une averse de poèmes, le langage de l’amour, mon
    fils, c’est s’assoupir, un après-midi tranquille, un brin de ciel
    entre tes dents, sous un flamboyant aux veines engorgées de soleils
    innombrables, le langage de l’amour, mon fils, c’est marcher sur la
    pointe des ailes des anges bleus vers les sanglots de l’océan, le
    langage de l’amour, mon fils, c’est l’euphorie cinglante de la musique
    aux obsèques de la douleur, le langage de l’amour, mon fils, c’est
    infuser dans le sable, avec les rutilances de tes yeux, le souvenir de
    beautés entrevues et sidérantes, le langage de l’amour, mon fils,
    c’est engranger les caresses d’un nuage frivole et la saveur d’une
    mangue épicée et sauvage qui martèle ta langue, le langage de l’amour,
    mon fils, ce sont tes mains qui se désserrent tel un vieux parchemin
    pour offrir au vent les semences de la miséricorde, le langage de
    l’amour, mon fils, c’est un coeur empli, évanoui par le roulis effréné
    et adorable de tes lèvres qui chantonnent mon nom – papa -, le langage
    de l’amour, mon fils, ce sont des lettres sans traces, des mots sans
    lettres, un langage sans mots, langage sans langage, langage qui dit
    le silence, langage qui est le silence.

    ***

    Même

    Même si l’amour

    est un abandon fugitif

    même si je ne suis rien

    et que je n’ai rien à t’offrir

    même si je n’ai aucun talent

    ni le pouvoir de modeler les mots

    ni le pouvoir d’édifier des rêves

    ni le pouvoir de défaire les préjugés

    même si tu ne m’entends pas

    même si tu me fuis

    et même si tu m’as oublié

    permets-moi de te dire

    et ce sera mon dernier souffle

    pardonne-moi de le faire

    mais permets-moi de te dire

    mon ange ma douce

    permets-moi de te dire

    que je t’aime

    ***

    Casualties of War

    ce soir

    mon enfant

    ma poupée

    loin là-bas

    très loin là-bas

    sur cette terre

    terre

    parchemin des origines

    terre parchemin de sang

    il y a un enfant

    un tout petit enfant

    et comme toi

    son petit cœur

    est un bourgeon

    enrubanné de

    pétales et de colombes

    et comme toi

    ses petits doigts

    ses petites mains

    brassent des étoiles filantes

    et comme toi

    ses yeux sont des

    écrins qui perlent

    des larmes sucrées

    et des éclats de douceur

    et comme toi

    il étincelle des sourires

    dans les plissures enchantées

    de sa maman

    son puits de lumière

    son puits d’amour

    et ce soir

    mon enfant

    ma poupée

    une bombe

    fractale collatérale fragmentée

    mais je ne comprends rien à ces mots

    et je ne veux rien y comprendre

    une bombe

    va froisser

    perforer détruire

    ses rêves

    rêves d’un enfant

    une bombe

    bombe de ceux qui inventent des images pour mieux nous abuser

    bombe de ceux qui revendiquent des principes pour mieux nous fusiller

    une bombe

    va le

    désarticuler

    démantibuler

    poupée cassée

    poupée démontée

    une bombe va tuer cet enfant

    âme innocente

    et enfant comme toi

    et jamais plus

    non jamais plus

    il ne pourra

    étreindre les aurores et sillonner les nuages

    chasser le vent et boire la mousson

    et jamais plus il ne pourra

    non jamais plus

    jamais plus

    aimer

    **

    Sang ( Extrait )

    Tu es belle. Et je suis fou.

    Corps de pierre. Corps solaire. Corps solitaire. Lactescence estivale.
    Echancrure sauvage. Tu es ma chair d’ivoire. Astre noir. Mon obscène
    territoire. Tu m’emmures sous le dôme des lamentations. Ma succulence
    permise. Ma maîtresse. Ma connivence sensuelle. Ma lunaire tyrannique.
    Princesse endiablée. Lacis de sueur. Idole enrobée de soie. Et d’épines.

    Ouvre de feu et de sang. Les aréoles de tes lèvres épousent et entaillent
    ma peau. Assèche-moi. Je suis désert. Flagelle-moi. Je suis esclave.
    Inféode-moi. Je suis ta propriété. Ton bibelot. Je plisse ta nuque. J’éploie
    ton ventre. Dunes célestes. Ta chevelure est une liasse de flammes. Tes yeux
    un ouragan de sable. J’éventre ta langue engorgée et me désaltère. Elle est
    hostie pour ma bouche infidèle. Elle est calice pour ma bouche hérétique.

    Je renonce au devoir. A la raison. Je suis dévot aux lieux de la débauche.
    Je suis mendiant au seuil de ta taverne. Je m’abreuve aux sources
    hallucinées. Opium et vin. Je renifle tes arômes opiacés. Je mords tes
    ébréchures alcoolisées.

    Je suis celui revêtu de guenilles qui lave et baise tes pieds. Je veux
    boire. Encore boire. Encore boire. Et me dissoudre sous les osmoses de
    l’ivresse.

    Je suis amant de l’amour. Celui revêtu de laine. Celui revêtu de crasse et
    de boue.

    Celui qui se prosterne sur ton corps. Lieu de vénération. Lieu de prière.

    Celui qui à l’aurore de ton voile récite les silences de tes yeux. Celui qui
    glane des nattes de sang sur ton mausolée.

    Et tu es mon livre sanctifié. Mon poème.

    Et je suis poète fou qui quémande le sens de ton verbe. Et je suis poète fou
    qui vole la parole.

    Poète fou qui dérobe ses obéissances. Poète fou qui professe une parole
    transmuée.

    Parole incantatoire pour te célébrer et te créer. Parole au-delà de la
    parole pour t’aimer.

    Et tu es ma féconde indélicate. Celle qui me purge de mes lassitudes. Celle
    qui reflue mes fautes et mes rancours. Celle qui coalise extase et douleur

    Et ton nectar infeste mes rêves les plus nonchalants. Ton nectar infeste mes
    repentirs nocturnes.

    Tu es festin que je romps et qui me corrompt.

    Et je déguste ta gorge blanche. Je hume tes senteurs épicées. Je soutire tes
    sèves tuméfiées.

    Et tu es ma vanité. Ma lascive. Ma vierge indécente.

    Tu sillonnes les mers vengeresses et les rues fétides. Tu sillonnes ma
    carcasse avide et mes plaisirs terrifiés. Tandis que ma salive adultère
    encore tes lèvres. Tandis que les liqueurs dédiées à la jouissance suturent
    encore ta peau fissurée.

    Tu es femme et la nuit carnassière froisse les tombeaux. Tu es femme et le
    ciel exsude des flocons de pierre.

    Tu es femme et l’océan se désertifie et la terre se décalcifie. Tu es femme
    et les bêtes frémissent les signes de l’apocalypse.

    Et tu es belle. Ma gazelle opaline. Eau qui pleut entre mes cils. Soupirs
    qui veloutent mes songes. Safran qui pave mes cicatrices.

    Et tu es belle. Ma douce. Ma moelleuse. Ton visage une aube lumineuse.
    Nébuleuse bleue. Collier de poussière d’étoiles. Collier de promesses
    infinies….

    Umar Timol ( Ile Maurice )


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