Disparition

vendredi 29 septembre 2006

C’est avec une infinie tristesse que je consacre cet article à une femme que j’ai profondèment aimé, et qui viens de quitter l’existence terrestre.

J’ai choisi un poème qui dit la disparition de l’être :

Ombre à ombre

Contre la façade du soir :
ombres, feu, et silence.
Pas vraiment le silence, mais son feu –
l’ombre
portée par un souffle.

Pour pénétrer le silence de ce mur,
je dois me dépouiller de moi-même.

Paul Auster, Disparitions.

Marc Chagall, Le cirque bleu, 1950

L’origine

vendredi 15 septembre 2006

J’ai choisi d’ouvrir cette nouvelle année universitaire par un très beau poème de Guillaume Apollinaire. « Je pense à toi », extrait des Poèmes à Lou est une déclaration d’amour, amour de l’autre, mais aussi amour des mots et de leur magie.

A savourer seul(e) ou avec son amoureux(se) …

Je pense à toi

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne

Le ciel est plein ce soir de sabres d’éperons
Les canonniers s’en vont dans l’ombre lourds et prompts

Mais près de toi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage

Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi

Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d’un obus
qui éclate au nord

Je t’aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles

« Je pense à toi », Poèmes à Lou, IV, G. Apollinaire

 

Klimt, Le Baiser, détail, 1906-1909

Andalucia, Volver

lundi 11 septembre 2006

L’Andalousie est une terre sublime, où se lie dans une danse interminable l’Orient brillant et l’Occident conquérant !

Qui mieux que Federico Garcia Lorca, le poète gitan, originaire de Grenade, pour vous traduire les impressions d’une Grenadine en exil :

Girouette

Vent du Sud,
Brun, ardent,
Ton souffle sur ma chair
Apporte un semis
De brillants
Regards et le parfum
Des orangers. Tu fais rougir la lune
Et sangloter
Les peupliers captifs, mais tu arrives
Trop tard.
J’ai déjà enroulé la nuit de mon roman
Sur l’étagère !

Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon coeur,
Tourne, mon coeur.
Vent du Nord,
Ours blanc !
Tu souffles sur ma chair,
Tout frissonnant d’aurores
Boréales,
Avec ta traîne de spectres
Capitaines,
Et riant aux éclats
De Dante.
O polisseur d’étoiles !
Mais tu arrives
Trop tard.
L’armoire est vermoulue
Et j’ai perdu la clé.

Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon coeur,
Tourne, mon coeur.

Brises-gnomes et vents
Venus de nulle part.
Moustiques de la rose
Aux pétales en pyramides.
Vents alizés grandis
Parmi les rudes arbres,
Flûtes dans la bourrasque,
Laissez-moi !
De lourdes chaînes suivent
Mon souvenir,
Et l’oiseau est captif
Qui dessine le soir
Avec ses trilles.

Les choses qui s’en vont ne reviennent jamais.
Tout le monde le sait,
Et dans le peuple clair des vents
Il est vain de se plaindre.

N’est-ce pas, peuplier, doux maître de la brise ?
Il est vain de se plaindre !
Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon coeur,
Tourne, mon coeur.
Juillet 1920

Fuente Vaqueros, Grenade.